Le blog d'Europe hebdo

26 mai 2010

Pourquoi un « appel à la raison » au gouvernement israélien ?

par David Chemla


Le 3 mai un certain nombre de personnalités et d’intellectuels juifs européens (1) ont lancé au Parlement européen de Bruxelles un « appel à la raison » exprimant leur inquiétude face à la situation au Proche-Orient. Pourquoi cet appel et pourquoi maintenant ?

Ce qui a changé, c’est qu’Israël ne peut plus aujourd’hui repousser à plus tard les décisions à prendre quant à son avenir. Comme l’ont prévu nombre d‘études démographiques depuis 1967, par incapacité de décider de quitter les territoires, il lui faudra bientôt choisir : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays ; soit mettre en place un régime qui irait à l’encontre de tous les principes sur lequel cet État a été créé. Ce qui a changé, aussi, c’est que la poursuite de l’occupation, avec toutes les dérives d’humiliations et de répressions à l’égard de la population palestinienne qu’elle génère fatalement, a amorcé un divorce entre Israël et une opinion publique internationale qui l’avait pourtant largement soutenu à sa création. Elle fournit par ailleurs des arguments à tous ceux qui n’ont jamais accepté l’existence de cet État et leur permet de s’attaquer ouvertement à ses symboles et à sa légitimité.

Ce qui a changé, enfin, c’est que l’on s’approche du moment où Israël risque de perdre le soutien de son allié stratégique américain, excédé par la politique d’un gouvernement qui préfère le maintien de son alliance avec ses propres extrémistes aux intérêts vitaux du pays, et ceci au moment même où Israël a sans doute le plus besoin de ce soutien devant le risque nucléaire iranien.

Face à cette situation, comment réagissent les communautés juives en Europe ?

En premier lieu par le désarroi et la colère face à cette déferlante de critiques à l’égard de la politique israélienne dans les territoires palestiniens. Certaines d’entre elles, dissimulant souvent mal une haine beaucoup plus profonde, réveillent au sein des communautés juives de vielles peurs, ravivant ainsi des blessures mal cicatrisées.

Puis, chez certains, par un repli sur soi amorçant un retour vers ce qui risque de devenir un ghetto mental et les isolant de plus en plus d’une opinion publique conduite parfois par ignorance et souvent par confusion à faire toutes sortes d’amalgames.

Enfin, par un divorce latent entre leurs institutions dites « représentatives » et ceux qui, dans ces communautés, se situent souvent à leur périphérie. Sans contester leur légitimité, nous sommes nombreux à refuser l’alignement systématique de ces institutions juives sur une politique israélienne que nous jugeons périlleuse. Et en même temps, nous nous élevons avec tout autant de force contre la campagne orchestrée de délégitimation d’Israël en tant qu’État qui se développe aujourd’hui.

En quoi notre appel se veut-il différent de toutes les autres pétitions que nous avons signées, les uns et les autres, depuis des dizaines d’années pour la paix au Moyen Orient ?

D’abord, nous voulons nous adresser à tous ceux qui, engagés depuis toujours auprès d’Israël pour son droit à l’existence et à la sécurité, sont paralysés par cette situation et n’osent plus émettre un avis sur sa politique de peur de l’affaiblir face à ses ennemis.

Ensuite, nous souhaitons devenir le point de ralliement en Europe de tous ceux qui se reconnaissent dans les principes énoncés dans notre « appel à la raison ». Nous sommes convaincus que seule cette démarche, enracinée dans notre profond attachement à cet État, et appelant l’Union Européenne, comme d’autres le font aux États-Unis, à faire pression sur les deux parties permettra peut être de parvenir à un règlement raisonnable du conflit. Enfin, nous sommes conscients des blocages existant au sein des sociétés israéliennes et palestiniennes qui les empêchent de faire les compromis indispensables pour arriver à une solution. Même si tous les sondages montrent régulièrement l’existence des deux côtés d’une majorité pour la solution à deux États, nous savons que, de part et d’autre, le manque de confiance en l’existence d’un partenaire est dominant. Nous savons aussi qu’il y a en Israël comme en Palestine des forces politiques qui ne veulent pas d’un accord et qui savent comment saborder chaque nouvelle tentative de reprise de négociations. C’est pourquoi notre objectif aujourd’hui est d’installer notre appel à l’action dans la durée et de devenir un acteur de la société civile européenne dans ce combat pour la paix.


David Chemla est président de « La Paix Maintenant-France » et un des initiateurs de cet appel.

(1) Voir la liste à l’adresse www.jcall.eu.


Envoyer un commentaire

29 Commentaires

Lettre d'information
s'abonner 
rechercher 


Contact   -   © André Versaille éditeur   -   Réalisation : Vertige asbl