Le blog d'Europe hebdo

29 avril 2010

Crise grecque, gouvernance européenne

par Élie Barnavi


La crise grecque démontre jusqu’à la caricature les limites de la construction européenne. Que les Grecs ne soient pas innocents des maux qui les accablent, c’est un fait : évasion fiscale massive, corruption généralisée – 790 millions d’euros de pots-de-vin pour la seule année 2009 -, syndicats irresponsables arc-boutés sur des intérêts catégoriels, atrophie du sens du bien commun, démocratie confisquée par deux familles aux étiquettes idéologiques opposées mais aux pratiques identiques, manipulation malicieuse des comptes de l’État, et j’en passe. Comme on sait, c’est par le mensonge que la Grèce s’est glissée dans la zone euro, dont l’état des finances et de l’économie aurait logiquement dû lui barrer l’accès.

Mais là n’est pas la question, ou n’est plus la question. Le financement de la dette publique n’est pas qu’un problème grec. Si la Grèce souffre ainsi, elle fait partie d’un groupe de pays – les fameux PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) – dont l’économie est particulièrement fragile. Pis, c’est l’ensemble de la zone euro qui doit se mesurer au gonflement de la dette, et les remèdes envisagés risquent partout de mettre à mal le pacte social. Après tout, cette crise est une crise mondiale dont les Grecs sont innocents. À quoi s’ajoute une spéculation éhontée qui menace d’alourdir encore la facture, voire de la rendre impayable.

Surtout, une chose est de demander aux Grecs de mettre leur maison en ordre, une autre de les abandonner à leur sort. C’est là que le comportement de l’UE confine au scandale. Demander l’intervention du FMI est une absurdité : « L’Oregon ne demande pas l’aide du FMI », a dit justement le ministre grec des Finances. L’intérêt bien compris des Européens aurait dû les inciter à agir vite et fort, ne fût-ce que pour montrer aux marchés que s’attaquer à l’un d’entre eux revient à s’attaquer à tous. Le minimum de morale communautaire exigeait de faire preuve de solidarité avec le peuple grec. L’Union a failli à l’un comme à l’autre.

Bien sûr, on n’ira pas jusqu’à expulser la Grèce de l’Euroland, comme l’exigent des députés de la branche bavaroise de la démocratie chrétienne allemande, le parti de la chancelière. Mais la preuve est faite que l’Union européenne a perdu son âme communautaire. On craignait l’Europe à l’anglaise ; l’Europe à l’allemande ne vaut guère mieux.

Un sursaut de la raison, à défaut du cœur, est-il encore possible ? Est-il trop tard pour persuader les dirigeants européens qu’une monnaie unique n’est pas viable à long terme sans un gouvernement économique commun ? Que cette anomalie risque à terme de couler l’aventure européenne ? Il ne reste plus qu’à espérer…


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